Personnalités et carrières: nos conseillères et conseillers fédéraux

Qui étaient les sept premiers conseillers fédéraux? Quand le premier socialiste fît-il son entrée au gouvernement ? Qui y est resté le plus longtemps ? Qui est décédé dans l’exercice de sa fonction ? Et qu’en est-il des femmes au Conseil fédéral ? Nous avons choisi, tirés de nos riches collections, des documents qui répondent à ces questions. Bonne navigation dans le monde des conseillères et conseillers fédéraux !

Les premières élections du Conseil fédéral le 16 novembre 1848

La première séance est relatée dans le Journal de Genève 19e année, no 93 du 21 novembre 1848, en page 2 :

1ereseance

Assemblée fédérale
Première séance – Jeudi 16 novembre 1848
Les membres des deux Conseils sont réunis dans le lieu des séances du Conseil National. – L’appel nominal constate la présence de 39 membres du Conseil des Etats.
M. Fazy s’oppose à ce que l’on procède à l’élection en l’absence de plusieurs députés
M. Brosi demande qu’on y procède immédiatement.
M. Carteret ne voudrait pas que l’on procédât immédiatement à une élection si importante et pour ainsi dire, à l’improviste.
M. Ochsenbein, président, déclare que l’Assemblée a été convoquée pour l’élection, mais qu’il doit être préalablement décidé, si l’on veut, oui ou non, y procéder immédiatement.
M. Briatte s’oppose à ce que l’on attende les députés absents ; la Suisse désire avant tout être constituée.
M. Alméras. Il ne serait pas loyal de surprendre les membres et de les forcer à une élection qui n’a pas été à l’ordre du jour.

M. Pittet contredit cette assertion : cette discussion est une affaire de fine forme aux dépends de la République. (Appuyé ! appuyé !) Il n’y a pas de surprise, car tout le monde s’en est occupé. (Aux voix !)
M. Carteret. Nous ne savons rien ici ; nous ne sommes pas de ces gens qui sont dans la coulisse, qui savent tout ce qui se fait. (Rire générale.) Oui, Messieurs, ce serait une élection d’embuscade.
La clôture est prononcée.
L’ajournement des élections est rejeté à une grande majorité.
Sont élus : 1° M. Furrer, par 85 voix (M. Ochsenbein 36). – 2° M. Ochesenbein par 92 voix. – 3° M. Druey par 76 voix. – 4° M. Munzinger, au second scrutin par 72 voix. – 5° M. Franscini, au troisième scrutin, par 68 voix (M. Barman a eu 3 voix, M. James Fazy 1). – M. Frey-Hérosé, au second scrutin, par 70 voix. – M. Naeff, au premier scrutin par 72 voix.
MM. Oschsenbein et Furrer demandent un délai pour accepter. Le second désirerait savoir d’abord quelle sera la ville fédérale.
M. Frey-Hérosé, au contraire, ne fera jamais dépendre son acceptation du choix de la ville fédérale ; j’irai, dit-il, où le bien de la patrie m’appellera, quand même je devrais m’éloigner d’un canton qui m’est cher, mais je dois cependant demander un délai.
M. Naeff accepte dès ce moment sa nomination. (Bravos unanimes.)
Election du président du Conseil fédéral. – M. Furrer obtient 88 voix ; M. Ochsenbein, 17 ; M. Naeff,11 ; M. Druey, 17. M. Furrer est proclamé président.
Election du vice-président. – M. Druey est nommé vice-président, au second scrutin, par 75 voix (M. Ochsenbein,49).
Election du chancelier. – M. Schiess est nommé par 121 voix (M. Gonzenbach, 2 voix).
Vendredi, élection du tribunal fédéral.

Conseil exécutif fédéral – Eidgenössischer Bundesrath

Bundesrat

Source: Bibliothèque nationale suisse / GS_Eidgenössischer_Bundesrath_1848-1854 Le premier Conseil fédéral, élu le 16 novembre 1848. Derrière (de gauche à droite): Henri Druey, Ulrich Ochsenbein. Au centre (de gauche à droite) : Josef Munzinger, Jonas Furrer, Friedrich Frey-Herosé. Devant (de gauche à droite) : Stefano Franscini, Wilhelm Matthias Naeff.

Le journaliste Rolf Holenstein, biographe du premier conseiller fédéral bernois Ulrich Ochsenbein, décrit la première élection du Conseil fédéral comme un scrutin très incertain dans ce premier Parlement fédéral élu mais pas encore complètement réuni:

Rolf Holenstein, Der Tag, an dem die Schweiz begann, in: Das Magazin Nr. 36 vom 5. September 2009, S. 32-39 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch)

Rolf Holenstein, Ochsenbein: Erfinder der modernen Schweiz, Basel: Echtzeit-Verlag 2009. Le livre est disponible à la BN : cote N 297931.

Un résumé en français de l’article de Holenstein a été publié par Jean-Daniel Delley dans la revue Domaine Public Numéro 1837 du 14 septembre 2009, pp. 4-5 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

La représentations des cantons dans le Conseil fédéral

La carte représente le nombre de conseillers fédéraux par canton élus depuis 1848. Il est intéressant de noter que pour les trois cantons fondateurs de la Suisse (à savoir Uri, Schwytz Obwald et Nidwald), seul le canton d’Obwald fut représenté au Conseil fédéral. C’était entre 1959 et 1971.

Karte_Schweiz

Graphique : BN | Source de données : https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/conseil-federal/histoire-du-conseil-federal/elections-du-conseil-federal-depuis-1848/alle-bundesraete-liste.html

Profils des parlementaires et des conseillers fédéraux

PILOTTI, Andrea. Les parlementaires suisses entre démocratisation et professionnalisation (1910-2010). Biographie collective des élus fédéraux et réformes du Parlement helvétique. Thèse de doctorat (2012). Ce document se trouve à la BN sous la cote Nbq 93156 et peut être emprunté à domicile.

La thèse d’Andrea Pilotti analyse les profils sociodémographiques des membres du parlement fédéral depuis 1910 avec de nombreux graphiques. Nous vous présentons ci-dessous 2 exemples :

Premier exemple (Tableau 6.7) : Parmi les professions indépendantes, on note l’importante présence des avocats, constante au fil des législatures. Chez les salariés, on constate une progression, surtout pour les emplois du secteur public comme les enseignants par exemple. Quant aux professions politiques, les magistrats ont tendance à diminuer, essentiellement les membres d’exécutifs cantonaux. Parmi les politiciens de carrière, les parlementaires professionnels représentent près d’un tiers de cette classe en 1980, alors qu’ils n’existaient tout simplement pas auparavant.

Deuxième exemple (Tableau 7.4) : Dans cette représentation, on remarque une augmentation constante du nombre de femmes dans le temps, sauf pour les groupes du Parti radical-démocratique et du Parti libéral (actuel Parti libéral-radical). On peut en conclure que plus le groupe se situe à droite de l’échiquier, moins les femmes sont présentes.

« Carrière difficile en politique et le chemin des personnes issues d’autres secteurs » 

Andreas Heller décrit les carrières de politiciennes et de politiciens venant d’horizons divers et variés ayant accédés au Parlement.
Source: Andreas Heller, Wege nach Bern. Wie man Volksvertreter wird, in: NZZ Folio, octobre 1995: Das Volk, Cote BN: Pq 22075
Les utilisateurs inscrits à la BN peuvent consulter l’édition papier en salle de lecture (commande via Helveticat).
Egalement disponible en ligne dans les archives payants de la NZZ : http://folio.nzz.ch/1995/oktober/wege-nach-bern

Adolf Ogi fut le plus célèbre des conseillers fédéraux faisant figure d‘outsider lors de son élection au Conseil fédéral. De plus, beaucoup de politiciens, de l’UDC notamment, ont accédé à des charges politiques, sans avoir suivi le parcours habituel menant à cette haute fonction.
Source: Ruedi Baumann; Anita Merkt, Das gute Händchen der SVP, dans : Tages-Anzeiger no. 54 du 6 mars 2014, page 17 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

Le parcours du conseiller fédéral Adolf Ogi est, par bien des aspects, atypique. Issu du monde du sport, il n’a pas suivi de parcours universitaire mais a marqué son temps, comme en témoigne l’interview du Matin Dimanche, no. 99 du 8 avril 2012, pages 15-16 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

L’actuelle présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga est désignée favorite en 2010 pour succéder au conseiller fédéral démissionnaire Moritz Leuenberger. Avant l’élection, Stefan Barmettler a analysé quelles pouvaient être les chances de la candidate en fonction des rapports de forces.
Source : Stefan Barmettler, Machtnetz von Simonetta Sommaruga. Die Tabu-Brecherin, dans: Bilanz. Das Schweizer Wirtschaftsmagazin 9 septembre 2010 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

Les premiers/ères élu(e)s

Ulrich Ochsenbein fut en 1854 le premier membre du Conseil fédéral à ne pas être réélu. Source : Beat Junker, article « Ochsenbein, Ulrich », www.dhs.ch

Ulrich_Ochsenbein

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : Grafik-Portr-F1_Ochsenbein_johann_Ulrich-1

Ernst Nobs fut en 1943 le premier socialiste à siéger au Conseil fédéral. Source : Markus Bürgi, article « Nobs, Ernst », www.dhs.ch

Ernst Nobs

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS-FOTO-PORT-NOBS_ERNST-1-fp-8

Elisabeth Kopp fut en 1984 la première femme élue du Conseil fédéral. Source : Urs Altermatt, article « Kopp, Elisabeth », www.dhs.ch

Elisabeth Kopp

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS-FOTO-PORT-KOPP_ELISABETH_B-7-fp-88

L’élection d’Elisabeth Kopp, première femme au Conseil fédéral, émission “Echo der Zeit” du 02.10.1984

Source: Sendung Echo der Zeit, SRF

Ruth Dreifuss fut la première femme socialiste et la première personne de confession juive au Conseil fédéral. Elle fut également la première présidente de la Confédération en 1999. Source : Thomas Schibler, article « Dreifuss, Ruth », www.dhs.ch

Ruth Dreifuss2

Source : Bibliothèque nationale suisse, photographe : Silvia Schneider

Numa Droz fut le plus jeune conseiller fédéral au moment de son élection: 31 ans. Source : Eric-André Klauser, article « Droz, Numa », www.dhs.ch

Numa Droz

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS-FOTO-PORT-DROZ_NUMA-2-fp-8p-8

Gustave Ador fut le conseiller fédéral le plus âgé au moment de son élection: 72 ans. Source : François Walter, article « Ador, Gustave », www.dhs.ch

Gustave Ador

Source : Wikimedia Commons

Carl Schenk fut le conseiller fédéral dont le mandat fut le plus long: 31 ans et 7 mois. Source : Christoph Zürcher, article « Schenk, Carl », www.dhs.ch

Carl Schenk

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS-FOTO-PORT_SCHENK_KARL-7-fp-8

Louis Perrier fut le conseiller fédéral dont le mandat fut le plus court: 1 an et 2 mois. Source :  Jean-Pierre Jelmini, article « Perrier, Louis », www.dhs.ch

Louis Perrier

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS-FOTO-PORT-PERRIER_LOUIS-1-fp-8

Josef Zemp, un conservateur catholique du canton du Lucerne fut en 1891 le premier conseiller fédéral non-radical. Source : Urs Altermatt, article «Zemp, Josef», www.dhs.ch

Son élection permit une réconciliation entre la Suisse radicale et celle du Sonderbund comme l’explique Denis Masmejan dans l’article « Joseph Zemp, l’homme de la paix des braves » dans Le Temps, no. 2841 du 12 juillet 2007, page 6 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

Le PDC Lucerne, successeur du Parti catholique conservateur, a commémoré l’élection de son conseiller fédéral en 1991. Un discours a été publié et se trouve à la BN sous la cote Nbq 17084. Il peut être emprunté à domicile.

Josef Zemp

Source : BN / Cabinet des estampes, cote : GS_Bundesrath_1893_Ausschnitt_Zemp

Une fonction risquée? 19 sur 109 Conseillers fédéraux sont décédés en fonction

graphique mort en service_fr

Graphique : BN | Source de données : Elections du Conseil fédéral depuis 1848 (en ligne : https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/conseil-federal/histoire-du-conseil-federal/elections-du-conseil-federal-depuis-1848.html)

La première phase d’une majorité féminine au Conseil fédéral

Le 22 septembre 2010, avec l’élection de Simonetta Sommaruga au Conseil fédéral, le gouvernement est pour la première fois à majorité féminine.

4-3 pour les dames au Conseil fédéral, articles et réactions dans Le Nouvelliste, no. 221 du 23 septembre 2010, pages 1 à 5 (pdf), (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

La Suisse célèbre le 40ème anniversaire du suffrage féminin avec une majorité de femmes au gouvernement : article de Bernard Wuthrich « La majorité féminine du Conseil fédéral entre fête et incertitude » dans Le Temps, no. 4019 du 7 juin 2011, page 8 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

Caricatures sur la non-élection de Christiane Brunner au Conseil fédéral

Deux des nombreuses caricatures sur la non-élection de Christiane Brunner en 1993:

Reponse aux anonymes

Réponse aux anonymes, dessin de Barrigue (Thierry de Barrigue de Montvallon), dans: Le Matin du 10 février 1993.

Sieger und verlierer

Sieger(innen) und Verlierer, dessin de Jüsp (Jürg Spahr), dans: Wir Brückenbauer du 17 mars 1993.

Les deux caricatures viennent de l’importante collection de Franz Bächtiger qui se trouve à la Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne. Franz Bächtiger était conservateur au Musée d’Histoire de Berne, où il créa la première collection de culture quotidienne du 20ème siècle. Son intérêt pour les développements politiques et sociaux récents se reflète dans sa connaissance et sa passion de collectionneur des caricatures politiques.

Lien vers le fond : http://katalog.burgerbib.ch/detail.aspx?ID=121897

Le Conseil fédéral au « Nebelspalter »

caricature nebelspalter

‘s gaht eine um, dä möcht‘ gern rüttle an allem, was ihm nüd tuet g’falle. Joggeli möcht‘ gern Birrli schüttle Und d’Birrli wänd nüd falle! Source : Ein schwieriger Fall, dessin de F[ritz] Boskovits, dans: «Der Nebelspalter», 45. Jg., Nr. 40 du 4 octobre 1919 (cote NB : P 17319).

Fritz Boscovits était le fils du dessinateur Johann Friedrich Boscovits, qui cofonda en 1875 avec Jean Nötzli le journal satirique « Nebelspalter » et pour lequel il dessina régulièrement.

Thomas Kain évoque le peintre et dessinateur zurichois Fritz Boscovits à l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire de son décès :Thomas Kain (Rez.), Ein vergessener Prominenter der Zürcher Kunstszene, dans: NZZ 236. Jg., Nr. 140 du 20 juin 2015, page 21 (Rez. von: Thomas Kain, Regula Schmid (Hg.), Fritz Boscovits (1871–1965) – Ölgemälde, Zürich: Verlag fine art publishing 2015 (article disponible gratuitement auprès de info@nb.admin.ch).

« Nos conseillers fédéraux »

caricature GS

Caricature, début 1908 env. (source : BN / Cabinet des estampes), de gauche à droite : Ernst Brenner, Département politique; Eduard Müller, Département militaire; Robert Comtesse, Département des finances et des douanes, ici portant les insignes de la Justice; Josef Zemp, Département des postes et des chemins de fer; Marc-Emile Ruchet, Département de l’intérieur; Anton Deucher, Département du commerce, de l’industrie et de l’agriculture; Ludwig Forrer, Département de justice et police, ici portant les insignes des finances